« Nous sommes dans une situation critique » : Le président de Caritas Liban alerte sur la situation du pays

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Le père Michel Abboud, président de Caritas Liban, décrit la situation tragique que connait actuellement le pays et appelle la communauté internationale et la diaspora libanaise à agir.

Michel Abboud, prêtre de l’Ordre du Carmel et président de Caritas Liban, association fondée en 1972 à Saïda pour servir les plus démunis, s’est confié à AsiaNews sur la crise économique, politique et sociale que traverse le Liban.

L’accès aux médicaments et aux soins est notamment difficile. « On peut toujours trouver un morceau de pain, qui ne manque pas, mais ne pas avoir de médicaments, c’est terrible » affirme le prêtre carmélite qui explique que les hôpitaux n’ont pas les ressources nécessaires pour « payer le personnel médical ou faire fonctionner l’équipement ».

« Nous sommes dans une situation critique, mais nous ne voulons pas mourir en attendant une solution aux nombreux problèmes. »

En raison de cette pénurie de médicaments, l’Association des pharmaciens a annoncé une journée de grève vendredi pour protester contre l’aggravation progressive de la situation et une quasi-absence de produits de premières nécessité comme des médicaments ou du lait maternisé. Pourtant, ces derniers apparaissent sur le marché noir à des prix très élevés, compliquant encore un peu plus la vie de la population déjà lourdement impacté par la crise.

« Plus d’un mois s’est écoulé depuis que les importateurs de médicaments ont cessé de nous livrer, principalement ceux pour les maladies chroniques » s’insurgent les pharmaciens qui ajoutent que leur « stock de lait maternisé est complètement épuisé », alors qu’ils les voient disponibles sur les réseaux sociaux à des prix exorbitants.

Pour le président de Caritas Liban, « ce manque d’approvisionnement est probablement dû à la spéculation » et au marché noir.

« Au milieu de la crise et des pénuries, des médicaments apparaissent. La question est alors de savoir s’ils sont vraiment rares ou retenus pour faire monter les prix et les revendre au marché noir. »

Michel Abboud estime que le Liban a « atteint un point de non-retour en retirant des médicaments à une population déjà en difficulté car sans médicament, dont certains cruciaux, il est impossible de rester en vie ». Il pointe la hausse du dollar, « à la racine de ce problème » qui impacte le coût de la vie.

« Autrefois, un salaire valait mille dollars, aujourd’hui il en vaut cent. Le coût de la vie est en hausse dans tous les domaines. »

Le religieux dénonce également la différence flagrante entre la majorité de la population libanaise qui souffre de la crise et un petit groupe de privilégiés qui semblent s’en sortir mieux que les autres. « Cela signifie qu’il y a de l’argent quelque part. » déclare-t-il.

Une observation qui lui donne de l’espoir pour la suite, car cela signifie « qu’il y a de l’argent quelque part ». « Si nous voulons être positifs, nous devons trouver un moyen de le redistribuer afin que le plus grand nombre puisse en bénéficier. » affirme le père Michel Abboud qui renchérit : « Tout n’est pas perdu ! ».

« Beaucoup de choses sont en jeu dans la crise libanaise » rappelle le président de Caritas Liban qui évoque la guerre en Syrie et l’afflux massif de migrants. La pandémie de Covid-19 ainsi que la double explosion qui a frappé le port de Beyrouth le 4 août 2020 ont également participé à mettre le peuple libanais, « à genoux ».

« Une solution internationale à l’urgence doit être trouvée » ajoute le père Abboud qui lance également un appel à la « diaspora libanaise » pour qu’elle continue de les « soutenir en cette période de besoin ».

Camille Westphal Perrier

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