«Cette crise doit nous apprendre à grandir dans la solidarité, l’altruisme, la conscience de la fragilité humaine»

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Le 12 mai 2019, un groupe armé a incendié la paroisse de Dablo, dans le diocèse de Kaya, au Burkina Faso, et assassiné six chrétiens dont un prêtre.

Trois ans après, l’évêque de ce diocèse du centre-nord du Burkina Faso, Mgr Théophile Naré, s’est entretenu avec La Croix Africa.

La Croix Africa : Comment se porte votre diocèse ?

Mgr Théophile Naré : On va dire que sur le plan sécuritaire, le diocèse va mieux, dans la mesure où les attaques terroristes ont diminué. Nous espérons que c’est l’amorce du retour d’une paix définitive. Des attaques sporadiques sont parfois signalées. On nous signale également des passages réguliers de colonnes de groupes armés. Mais dans l’ensemble, il y a une certaine accalmie, ce qui permet de célébrer le culte avec une relative sérénité. Nous rendons grâce à Dieu et nous prions pour que cela aille de mieux en mieux, et que nous sortions de cette situation de peur. Cette année, il y aura des baptêmes, comme l’an dernier, y compris parmi les personnes déplacées.

Après l’incendie de la paroisse de Dablo et l’assassinat de chrétiens, comment va cette paroisse ?

Mgr Théophile Naré : La situation n’a pas beaucoup évolué à Dablo. En ce qui concerne les conditions d’accessibilité de la paroisse sur le plan sécuritaire, c’est le statu quo. Depuis la survenue de ces événements malheureux, nous n’avons toujours pas pu célébrer de messe. À chaque fois que nous avons décidé d’y aller, nous en avons été dissuadés. Mais nous avons réussi à ramener à Kaya, les effets des prêtres qui ont quitté cette localité. Nous avons également célébré les funérailles des chrétiens assassinés. La communauté chrétienne qui est restée sur place se réunit pour prier. Nous leur demandons de rester prudents et de faire des célébrations dans un temps limité. Pour ceux qui ont quitté Dablo pour s’installer à Kaya, un prêtre s’occupe d’eux.

Comment le diocèse fait-il face à la crise humanitaire ?

Mgr Théophile Naré : Nous portons en prière les chrétiens qui vivent dans la détresse. Nous demandons aux chrétiens d’être sensibles à la souffrance de leurs frères. Dans la plupart des paroisses, l’Ocades (Caritas Burkina Faso) est intervenue pour donner des vivres, des vêtements et l’argent, afin que les gens puissent se prendre, tant soit peu, en charge. Au niveau de l’évêché, nous avons développé une petite initiative, parce que nous nous sommes rendu compte que donner des vivres est nécessaire. Mais nous ne savons pas combien de temps cela va durer.

Par ailleurs, pour préparer les gens à retourner dans leurs villages, nous avons préféré mettre en place un système de microfinance pour les femmes déplacées. L’évêché a signé une convention et se porte garant au cas où ces bénéficiaires n’arriveraient pas à payer leurs crédits. Nous lançons un appel tous ceux qui peuvent encore aider, nous avons toujours besoin de soutien.

Comment voyez-vous l’avenir de votre diocèse ?

Mgr Théophile Naré : Mon diocèse a traversé une période difficile, mais je pense que l’épreuve est un moment de purification. Sur le plan de l’expérience de la charité, mon diocèse a grandi, les chrétiens ont mûri avec cette crise, et le diocèse ira de l’avant. Pour les paroisses fermées, nous pourrons les rouvrir. Les activités reprendront et la paix reviendra. Je ne désespère pas pour l’avenir. Lorsque nous sortirons de cette situation, nous serons des chrétiens matures, avec une communauté chrétienne capable de se prendre en charge et d’être attentive au besoin des plus petits.

J’ai l’habitude d’évoquer des grâces douloureuses qui surviennent aux moments d’épreuves. Nous avons perdu des gens, nous avons connu des blessés, mais cela doit nous apprendre à grandir dans la solidarité, l’altruisme, la conscience de la fragilité humaine. J’ai confiance que Dieu ne nous abandonne pas. Je pense aux autres diocèses meurtris et nous espérons que les plaies du Ressuscité nous apporteront la paix.

Recueilli par Kamboissoa Samboé (à Ouagadougou)

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