Burkina Faso: réactions des religieux après le lynchage de trois personnes dans le sud-ouest

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Dans la commune Bouroum-Bouroum, dans le diocèse de Gaoua, dans le sud-ouest du Burkina Faso, une foule en colère a lynché trois personnes, vendredi 27 août.

Le véhicule de ces trois agents d’une société de transport avait percuté un enfant.

« Malgré mon état de santé fragile, je suis allé à la marche pour dire qu’un tel événement ne se produise plus », confie Mgr Modeste Kambou, évêque de Gaoua. L’ordinaire de Gaoua a pris part, samedi 4 septembre, à une marche de protestation organisée par les populations après de terribles événements qui se sont déroulés dans la commune Bouroum-Bouroum, dans son diocèse. « Le vendredi 27 août, trois agents du Centre de contrôle de véhicules automobiles (CCVA)traversant le diocèse de Gaoua, à bord de leur véhicule, ont percuté mortellement dans le village de Banlo, un enfant de 10 ans, explique Mathieu Da, directeur de publication d’un site Internet local, Bufugiinfo.com. Dans leur fuite, ils ont été lynchés par une foule en colère ».

Banlo est un village situé dans la commune de Bouroum-Bouroum, à l’entrée de la ville de Gaoua, dans le sud-ouest du pays. Il s’agit d’une localité agricole qui est traversée par une seule route bitumée.

Le lynchage de ces trois agents du CCVA a suscité une forte émotion. Le président de la République du Burkina Faso, Roch Kaboré, l’a qualifié de « meurtre d’une autre époque qui ne saurait être toléré dans un État de droit ». Par ailleurs, deux personnes soupçonnées d’avoir participé aux actes de lynchage ont été arrêtées.

Récurrent

Selon le journaliste Mathieu Da, « ce genre d’acte ignoble et condamnable est récurrent au Burkina ». « Dans certaines localités, des personnes ont fait sortir un voleur d’un commissariat de police pour le lyncher », souligne-t-il.

Pour le père Jean-Baptiste Sanou, enseignant chercheur, « ce drame révèle le degré très élevé d’intolérance que certains ont atteint au Burkina Faso ». À ses yeux, « il manifeste clairement que tous les Burkinabè ne vivent pas sous les mêmes lois et n’ont pas la patience de parcourir les chemins de la justice, puisqu’ils choisissent le raccourci dangereux de l’auto-justice ou du lynchage ». Pour sa part, Mgr Modeste Kambous’inquiète que ce genred’incident « suscite de la méfiance entre les résidents et les autochtones, renforce les psychoses ».

Sensibilisation

Face à la récurrence de tels actes, l’évêque de Gaoua estime qu’il faut sensibiliser. « L’Église doit y participer par des messages clairs », insiste-t-il. De son côté, le père Sanou préconise « un travail d’éducation et de sensibilisation par les communautés, les gouvernants et les éducateurs ».

Mgr Raphael Dabiré, actuel évêque de Diébougou, ancien administrateur du territoire de Gaoua suggère, de son côté, d’ « apprendre aux populations des zones rurales les réflexes pour traverser les routes et de faire en sorte que la justice soit rendue ».

Kamboissoa Samboé (Ouagadougou)

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