À Haïti, l’Église catholique face au chaos

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Au milieu d’une crise qui n’en finit pas, l’Église catholique en Haïti, rare pôle de stabilité dans un pays en proie au chaos, tente tant bien que mal de soulager les maux de la population.

« Déposez les armes ! Optez pour la vie ! ». Avec des morts forts, la Conférence des évêques d’Haïti (CEH) a lancé, mercredi 7 juillet, un vibrant appel après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse.

Condamnant un meurtre « inadmissible et révoltant », les évêques ont interpellé tous les Haïtiens pour les inviter à «chercher ensemble, autour d’une table, la solution haïtienne tant attendue par la population, dictée par l’amour de Haïti et nos valeurs de notre peuple ». Trois mois après la libération des sept otages religieux catholiques, en avril, l’Église apparaît une fois encore comme l’un des derniers pôles de stabilité dans un pays plongé dans le chaos.

Une aide « spirituelle, humaine, sanitaire et éducative »

Seule institution présente aussi bien dans la capitale que dans toutes les villes de province, l’Église haïtienne s’est affirmée comme une force politique et sociale majeure ces dernières années. Pour Mgr Gontran Decoste, évêque du diocèse de Jérémie à l’ouest de Port-au-Prince, elle apporte une aide spirituelle mais également humaine, sanitaire, et éducative.Malgré « ses manques et ses limites », elle « restera toujours présente pour accompagner les Haïtiens dans des moments cruciaux comme celui-ci », comme le souligne Mgr Gontran Decoste.

Haïti étant soumis au régime concordataire, État et Église ont l’habitude de travailler de concert. « Aujourd’hui, face à l’effondrement complet de l’État haïtien, qui n’a plus ni président, ni Parlement, ni pouvoir judiciaire, je crois que l’Église est la seule institution solide capable d’apporter les repères nécessaires à notre société », réaffirme, depuis la capitale, le père Steevenson Montlinard, haïtien, de la société des prêtres de Saint-Jacques.

« J’ai vraiment été abasourdie en apprenant la nouvelle », raconte Morgane Perrachon. Cette ancienne volontaire de l’organisation catholique de solidarité internationale Fidesco en Haïti demeure en lien permanent avec le pays qui l’a profondément marquée. Rapatriée en France en novembre 2019, en raison du contexte sécuritaire précaire, la jeune femme se souvient des appels récurrents, à l’époque déjà, des évêques locaux au président Jovenel Moïse. « Je me souviens d’une Église très inquiète, et en colère face à l’inaction de l’État. »

Les évêques haïtiens appellent en effet inlassablement depuis plusieurs années citoyens et responsables politiques à un « réveil du peuple haïtien », par des prises de parole fortes qui tour à tour condamnent, accompagnent ou encouragent les Haïtiens. « La parole que nous portons est fondée sur l’appel à la conscience des responsables et des citoyens, à un sursaut citoyen et patriotique, à l’union, la concorde, la solidarité, le respect de la vie, des biens et de la justice », martèle Mgr Gontran Decoste.

Une aide venue de l’étranger

Ce dernier reconnaît que si l’Église locale a la capacité de faire vivre son message sur le terrain, c’est en partie grâce à l’aide venue de l’étranger. « Seuls, nous ne pourrions pas accomplir notre mission d‘évangélisation, d’éducation, et de promotion de la dignité humaine», reconnait-il. «Nous avons besoin de volontaires, mais aussi d’amis qui peuvent nous accompagner dans ce travail immense en raison des failles de l’État»

Pour le père Steevenson Montinard, l’Église de Haïti manque surtout de groupes de réflexion et de formation. « Je pense que l’Église peut s’inspirer de ce qui se passe ailleurs. Quand le pays s’enlise dans une crise pareille, il nous faut des experts qui ont une capacité d’anticipation, explique-t-il. Une institution qui est capable de donner des repères, de manière anticipée, qui est capable de créer du sens, c’est tout ce dont nous avons besoin aujourd’hui ».

L’Église haïtienne bénéficie aussi du soutien de l’Église universelle. Ainsi, le pape François a fait part jeudi 8 juillet de « sa tristesse » et condamné « toute forme de violence comme moyen de résolution des crises et des conflits ». Le pape a également souhaité « pour le cher peuple haïtien un avenir de concorde fraternelle, de solidarité et de prospérité ».

Claire Riobé

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