La laïcité peut-elle tenir le choc face au défi islamiste ?

0
10

Lors de la cérémonie d’obsèques de l’enseignant Samuel Paty, Emmanuel Macron a déclaré que la France continuerait de défendre les caricatures de Mahomet. Cela n’a pas plu à tout le monde.

Plusieurs pays à majorité islamique ont appelé au boycott des produits français, ce qui a amené Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef (le principal syndicat patronal français) à lancer un appel aux entreprises, sur RMC, « à résister au chantage et malheureusement à subir ce boycott », ajoutant qu’il fallait « faire passer nos principes avant la possibilité de développer nos affaires ».

Dans la foulée, le Président turc Erdogan, parlant du Président français Macron, a annoncé : « Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale ». Cette déclaration fort peu protocolaire fait écho à une autre du même acabit. En novembre 2019, lorsque Macron évoquait l’état « de mort cérébrale » de l’OTAN, son homologue turc répliquait délicatement : « Je m’adresse depuis la Turquie au président français Emmanuel Macron, et je le redirai à l’Otan : fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale ».

Le 25 octobre, c’est Imran Khan, Premier Ministre du Pakistan, qui demandait à Facebook de bannir l’islamophobie et la haine envers l’Islam de son réseau. Dieu sait les champs couverts par les mots « phobie » et « haine » : on peut craindre que la critique, la remise en question, le débat, ne soient pas loin…

Si les pays d’arrière-plan judéo-chrétien, et la France en particulier, adoptent globalement une politique plutôt ouverte envers l’Islam (la France s’est laissé habiller, en quelques décennies, de plus de 2000 mosquées), certains pays à dominante islamique ont ces derniers temps tendance à exiger davantage de nos pays, estimant que, si l’on ne se montre pas farouchement « pour » l’islam, alors cela signifie que l’on est contre.

Et si l’on est contre, alors on doit assumer certaines conséquences.

C’est donc vers un esprit de guerre civilisationnelle que cet islam-là veut pousser la France.

Or la France le proclame à corps et à cri : elle ne se positionne pas comme un pays chrétien, mais comme un Etat laïc. Et un Etat laïc, ça laisse sa place à tout le monde, mais ça ne se positionne pas « pour » l’un ou « contre » l’autre.

Et s’il existe des « Etats laïcs », il se trouve qu’il n’existe pas de « civilisation laïque ». La laïcité manque d’ancrage.

L’islam, le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l’hindouisme ont des ancrages forts. L’athéisme en a un aussi, même s’il prétend être détaché de spiritualité, car il arrive à fédérer des forces convergentes.

Mais la laïcité n’en a pas. Elle est fragile parce qu’elle est par définition hétérogène, et qu’elle n’a pas d’historique ancien auquel s’accrocher. Elle ne peut fonctionner que si toutes les parties prenantes décident unanimement de la préserver. Sans cela, elle est appelée à être croquée par le premier qui, suffisamment imposant, la respectera assez peu pour l’utiliser contre elle-même à son propre profit.

C’est dans ce jeu que la Turquie, pays dit laïc, est entrée. Après avoir vu son territoire nettoyé des 20 à 40% de non-musulmans à la fin du 19ème et début du 20ème siècle (Juifs, Arméniens, Grecs, Assyro-Chaldéens, Nestoriens, Yézidis et autres minorités), Atatürk – « le Père de tous les Turcs » – a pu proclamer la laïcité sur un Etat devenu plus homogène au plan civilisationnel.

Et, comble de l’ironie, c’est son héritier, dirigeant le seul pays laïc à dominante musulmane, qui vient aujourd’hui donner des leçons de laïcité à une France qui essaye, tant bien que mal, de faire cohabiter une variété de spiritualités sur son territoire.

En d’autres termes, la laïcité n’a que deux choix devant elle :

  • soit elle s’impose et met de l’ordre dans “ses” religions. Un exercice d’équilibriste qui peinera à rivaliser avec des siècles, voire des millénaires, de traditions religieuses divergentes. La tâche n’est pas impossible, mais elle est ardue. Elle dépend pour cela fortement des équilibres entre les différentes spiritualités qu’elle abrite.
  • soit elle devra céder sa place à celui qui affirmera assez fermement son ancrage pour être en mesure de résister aux agressions.

Une gestion molle de la spiritualité, faite de complaisance et de bons sentiments, ne tiendra pas le choc face à une idéologie violente et pousse-au-crime.

Car si l’Islam radical continue sa croissance fulgurante, et que la laïcité ne parvient pas à surmonter la tâche immense qui se présente devant elle, alors il faudra, pour le contrer, une montée en puissance ferme, stricte, radicale. Mais d’un radicalisme orienté vers le Bien.

Depuis la Révolution, la France s’est progressivement coupée de ses racines chrétiennes, adoptant tantôt une idéologie, tantôt un courant de pensée, au gré des modes, des découvertes, des contraintes géopolitiques, des influences médiatiques, des dirigeants qu’elle a élevés.

Mais ces pensées-là, aussi belles soient-elles, ne trouvent pas et ne pourront jamais trouver l’ancrage que la spiritualité chrétienne pourra lui fournir :

  • un ancrage dans des temps suffisamment reculés pour aller jusqu’à expliquer la fondation du monde.
  • un ancrage profondément établi depuis le 4ème siècle dans l’histoire de la nation de France.
  • un ancrage large qui englobe 2,5 milliards de personnes dans le monde.
  • un ancrage dans la culture, l’histoire de l’art, l’architecture, qui fait que la plupart des constructions les plus anciennes et robustes de notre pays sont liées à la foi chrétienne.
  • un ancrage dans le monde spirituel qui agit au-delà de ce que les humains – y compris les grands dirigeants – sont capables d’accomplir.
  • un ancrage qui a maintes foi prouvé qu’il pouvait renaître de ses cendres.
  • un ancrage qui a su démontrer au fil des siècles à quel point il était capable de se remettre en question sans jamais se renier, de regarder en face ses erreurs et ses déviances pour les réparer et les dénoncer.

Si demain, la laïcité devait perdre son pari d’organiser la vie en société, il appartiendra aux chrétiens d’être prêts pour assurer le bien de l’ensemble de leurs concitoyens, chrétiens ou non.

A eux de faire leurs preuves, maintenant.

Pascal Portoukalian

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici