Climat : 7°C de plus en 2100. Et Dieu dans tout ça ?

0
184

Plus les rapports d’experts sur le réchauffement climatique s’affinent, plus ils sont alarmants et moins nous semblons aptes à réagir et à agir. Quelle part nos croyances ont-elles dans nos réactions ? Xavier Gravend-Tirole, docteur en théologie et chercheur sur les questions de pluralisme religieux, de sécularisation et de justice climatique, répond.

La croyance chrétienne en la fin du monde n’est-elle pas en contradiction avec la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique et la catastrophe à venir ?

Au contraire ; en théologie, la signification de la fin du monde n’est pas « temporelle » – la fin d’un calendrier –, mais « performative ». Penser la fin du monde nous entraîne à comprendre le temps autrement, dans la tension du « déjà-là » du Royaume de Dieu, avec la venue de Jésus, et le « pas-encore » de son accomplissement total – sa fin dernière (son but). Jésus lui-même dit ne pas savoir quand la fin du monde arrivera (Mt 24, 36).

Comme chrétiens, nous sommes appelés à rendre visible ce Royaume. Nous sommes les mains, les bras, le regard de Dieu sur cette Terre. Il compte sur nous pour parachever son œuvre. Alors, saccager ce que Dieu a créé, ou simplement le négliger, est à mon sens une faute grave.

N’y a-t-il pas de confusion, dans l’esprit de beaucoup de chrétiens, entre providentialisme (Dieu organise les événements) et espérance ?

Oh oui, certainement, la confusion demeure. J’avais un vieil ami prêtre qui ne cessait de répéter : « Dieu pallie nos faiblesses, mais pas notre paresse. » Malheureusement, l’espérance est parfois – souvent ? – vue comme un refuge pour ne pas agir. On confond trop celle-ci avec l’optimisme, comme le disait Václav Havel : « L’espérance n’est pas la conviction que quelque chose se passera bien, mais la certitude que quelque chose a du sens, indépendamment de la façon dont cela se termine. »

Dans les milieux écologistes, on distingue aujourd’hui entre un espoir qui endort, un « espoir passif », et l’espoir actif – « l’espérance en mouvement », pour reprendre le titre français d’un livre coécrit par l’écoféministe Joanna Macy et Chris Johnstone. Au lieu de se dire : « J’ai l’espoir que l’autre revienne », et ne rien faire en attendant, l’espoir actif enjoint de partir à sa recherche. C’est ce qui me permet de continuer aujourd’hui à agir, malgré les mauvaises nouvelles qui s’accumulent à propos de notre maison commune. Je veux pouvoir regarder mes enfants dans les yeux et leur dire : j’ai fait ce qui était en mon pouvoir pour que la planète se porte bien.

L’essor du courant évangélique amplifie-t-il ce trait potentiellement fataliste du christianisme ?

On entend les courants évangéliques et néopentecôtistes derrière Trump et Bolsonaro, qui restent dans un déni proche du mensonge quant aux changements climatiques. Mais beaucoup de catholiques ignorent somptueusement Laudato si’ et ne sont pas plus brillants.

La question n’est pas tant d’identifier des coupables que de se demander comment on peut changer les choses. La pensée chrétienne se révèle salement incriminable dans la crise écologique. Les spiritualités indigènes, par leur compréhension de l’humain intrinsèquement entremêlé aux autres créatures du vivant, ont beaucoup à nous apporter à ce sujet. En christianisme, il y a un changement de paradigme à opérer sur deux fronts. D’une part, sortir d’un anthropocentrisme primaire, qui donne à l’humain une sorte de prérogative despotique sur son environnement, au lieu de le comprendre comme intendant de la Création. Et, d’autre part, retisser les liens entre l’humain et la nature, en nous rappelant – c’est la science qui le montre aussi – que nous ne sommes pas séparés des autres espèces – animales, végétales (mais aussi bactéries et champignons). Nous faisons partie de cette magnifique toile du vivant. Nous sommes, toutes les espèces, de lointains cousins les uns des autres puisque nous descendons tous de la même cellule.

François d’Assise parlait déjà de sœur eau, frère vent, notre mère la Terre. Mais on devrait parler de nos cousins les tilleuls, les renards et les fourmis. Nous avons oublié que ce respect du vivant dérivait aussi de notre dépendance à celui-ci – car c’est nous qui sommes soumis au vivant, et non l’inverse. L’encyclique Laudato si’ nous a permis de faire quelques pas dans cette direction, mais le chemin reste long pour notre conversion à ce nouveau regard sur notre planète.

Propos recueillis par Anthony FAVIER

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici