Au Cameroun, le système éducatif cristallise les tensions

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Héritier de deux puissances coloniales, la France et l’empire britannique, le système éducatif camerounais se trouve aujourd’hui au cœur des tensions entre les séparatistes anglophones et le pouvoir central. Analyse avec la chercheuse Cynthia Petrigh, directrice de l’institut Beyond Peace.

Entretien réalisé par Marine Henriot – Cité du Vatican

C’est un conflit oublié qui dure depuis 4 ans. Dans une région du Cameroun surnommée le NOSO, qui comprend le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays, des séparatistes anglophones affrontent le pouvoir central, francophone. Pris entre deux feux, plus de 700 000 personnes ont dû fuir leur domicile, et le conflit a déjà fait plus de 3 000 morts, selon les derniers chiffres publiés en 2019.

Les affrontements sont réguliers entre les autorités et les séparatistes anglophones qui aspirent à fonder leur propre pays : l’Ambazonie. A la mi-juin, 24 personnes, présentées comme des séparatistes ont été tuées dans deux raids de l’armée Camerounaise. Les ONG dénoncent régulièrement des exactions sur les civils commises par les deux camps.

Echec du système bilingue 

Aux racines de la haine des séparatistes : un pays divisé en deux, héritier de ses puissances impérialistes coloniales, la France et le Royaume-Uni. Officiellement, le bilinguisme est officiel dans le pays, mais la réalité est autre, explique Cynthia Petrigh, directrice de l’institut Beyond Peace et auteure à l’IFRI (Institut français des relations internationales) d’une publication sur l’éducation dans le conflit anglophone au Cameroun, «en pratique, le bilinguisme n’a pas fonctionné. Au Cameroun, les élites dirigeantes, le gouvernement et l’administration fonctionnent en français», tandis que la population anglophone représente 20% de la population totale.

Dans le NOSO, l’école est placée au coeur même des affrontements, et des groupes armés ambazoniens ont déclaré un boycott du système éducatif dans le cadre de leur lutte contre le gouvernement camerounais. Pourquoi le système éducatif camerounais cristallise-t-il les violences ? A écouter, l’éclairage de Cynthia Petrigh.

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