Quatre applis cathos qui vont faire le buzz

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Qui aurait pensé au portable (ici, l’appli La Quête) pour donner à la messe en espèces non sonnantes ?

Ils sont jeunes, catholiques et connectés. Leur pari ? Servir l’Église du XXIe siècle et permettre aux fidèles de se sanctifier en quelques clics. Plusieurs entrepreneurs 2.0 lancent ces jours-ci quatre applications astucieuses dont nous ne pourrons bientôt plus nous passer.

Look décontracté, alternant vocabulaire high-tech et références bibliques, ces entrepreneurs estampillés « génération Y » frappent d’abord par la spiritualité de leurs aspirations. De profit – matériel, s’entend –, il n’est jamais question : leurs « applis » sont gratuites, et presque tous sont bénévoles. La foi est la raison sociale de leur start-up, et la croissance de l’espérance le seul indice dont ils guettent l’augmentation. Bienvenue chez les cyber-cathos.

C’est en cherchant désespérément un prêtre pour se confesser que Tanguy Levesque, 40 ans, a eu l’idée de concevoir Géoconfess, judicieusement baptisée « le Uber de la confession ». « Je me suis cassé le nez plusieurs fois alors que je souhaitais trouver un confesseur. Incroyable, à l’heure d’Internet, de n’avoir aucune solution pour recevoir le sacrement du pardon ! », raconte ce père de six enfants, directeur commercial dans les énergies renouvelables. Il imagine alors une application mobile qui permette la mise en relation du pénitent avec un prêtre. « Dans les grandes villes, les fidèles sont plutôt bien lotis. Mais, ailleurs, c’est plus difficile. J’avais aussi en tête l’image du curé de Cucugnan souffrant d’être seul dans son confessionnal. » Il teste alors l’idée autour de lui. Ses amis sont emballés. Un prêtre achève de le convaincre : « Aujourd’hui, notre boulot, c’est la miséricorde divine qui est donnée par le pardon », lui lance-t-il. Dopé par ces encouragements, le jeune quadra se tourne vers la chaîne de télé KTO, qui accepte de l’assister dans ce projet.

Le fonctionnement est simple : le prêtre s’inscrit en indiquant l’endroit où il se trouve, ainsi que les jours et les heures auxquels il confesse régulièrement. Il peut également, lors d’un déplacement, modifier sa position et ses plages horaires de disponibilité. Le fidèle, quant à lui, peut en temps réel et grâce au système de géolocalisation obtenir la liste des confesseurs les plus proches du lieu où il se trouve. D’un simple clic, il prévient l’ecclésiastique de son arrivée. « Nous partons du principe qu’il n’y a pas d’endroit idéal pour recevoir le sacrement du pardon. L’occasion peut ainsi se présenter lors d’un voyage en train entre Paris et Marseille », imagine Tanguy, qui espère ainsi « remettre au goût du jour ce sacrement essentiel, dépoussiérer son image auprès des jeunes, et en augmenter les bénéficiaires ».

Plus prosaïque : l’appli La Quête. Nous avons tous vu nos grands-parents régler leurs achats en argent liquide, y compris pour des sommes rondelettes. Dans notre portefeuille et celui de nos parents, les pièces et les billets cohabitent avec une carte bleue, mais les jeunes, eux, n’ont paraît-il jamais un sou en poche. À 25 ans, Stanislas Billot de Lochner s’est fait plusieurs fois la réflexion au moment de la quête dominicale : « Nous avons l’habitude de tout payer par carte et n’avons pas toujours de monnaie sur nous. Du coup, nous ne donnons pas systématiquement. En revanche, nous ne sortons jamais sans notre téléphone portable ! » Pourquoi ne pas imaginer un moyen de l’utiliser pour donner à la quête ? s’interroge le jeune homme.

Avec quelques amis, Stanislas conçoit alors La Quête. Paul Tréhard, en charge du projet et de la communication, explique : « Le fidèle, après avoir indiqué ses coordonnées bancaires, peut verser le montant de son choix pour la quête et pour le denier du culte. Il peut programmer un don hebdomadaire ou donner au moment de la quête d’un simple clic. Le pictogramme “J’ai donné” apparaît alors sur l’écran. S’il se déplace, l’application lui indique automatiquement le nom de la paroisse dans laquelle il se trouve. »

Cette application ne peut être mise en place qu’en accord avec chaque diocèse. « À ce jour, une trentaine s’est dite intéressée », révèle Paul, qui compte également sur les curés pour décomplexer les fidèles qui n’oseraient pas sortir leur téléphone pendant la messe ! Mais que devient la symbolique du don ? « Nous ne défendons pas une numérisation totale, mais une diversification des ressources de l’Église, qui en a vraiment besoin, rassure Stanislas. Nous cherchons à sensibiliser les jeunes sur le financement et le fonctionnement de l’Église. Notre génération ignore ce qu’est une enveloppe ! » Dans quelques mois, le casuel et les offrandes de messe feront leur entrée dans l’application. L’occasion de rappeler aux jeunes, assez éloignés de cette pratique, l’importance de faire dire des messes pour leurs proches.

Repères

« N’ayez pas peur de devenir les citoyens du territoire numérique. L’attention et la présence de l’Église sont importantes dans le monde de la communication, pour dialoguer avec l’homme d’aujourd’hui et l’amener à rencontrer le Christ. »

Le pape François, discours pour la 48e Journée mondiale des Communications sociales (1er juin 2014).

 

La prière comme fondement, les sans-abri comme bénéficiaires

« C’est par votre constance que vous gagnerez vos âmes. » Thomas Delenda, 27 ans, a fait sienne cette recommandation de saint Luc qui l’a conduit à imaginer le réseau social de prière Hozana. L’idée lui est venue alors qu’il levait des fonds via un site de financement participatif (le crowd funding, en anglais). « Il fallait présenter le projet d’un côté, et demander des fonds de l’autre. J’ai repris l’idée pour encourager les gens à mettre la prière au cœur de leur vie. Nous sommes souvent tout feu tout flamme après un pèlerinage ou une retraite, mais cela  s’estompe souvent au bout de quelques semaines. Le fait de prier ensemble nous aide à persévérer. » Il crée alors le site hozana.org sur lequel on dépose une intention pour laquelle on demande des prières. Un véritable succès. Le site compte aujourd’hui plus de soixante-quinze mille priants.

Dès lors, Thomas décide d’adapter son idée aux téléphones portables, avec un principe légèrement différent. « Il s’agit de prier avec ou pour un ami, explique-t-il. Dans le premier cas, je lui envoie une notification : “Prions ”. Il me répond “Oui” ou “Pas maintenant”. Dans le second cas, je préviens un proche : “J’ai prié pour toi ”. »

Dans quelques mois, Thomas espère développer son application pour permettre son internationalisation (en plusieurs langues), et la constitution de véritables groupes de prière. « Je vise le million de personnes en union de prière simultanée ! »

À Paris, où habite Jean-Marc Potdevin, les sans-abri sont nombreux sur les trottoirs. L’ancien vice-président de Yahoo Europe, brutalement converti sur le chemin de Compostelle à l’âge de 42 ans, finit par discuter avec celui qu’il croise chaque matin en bas de chez lui. L’homme pleure de douleur car ses dents sont toutes cassées. « Je me suis senti démuni face à cette souffrance. Je n’avais sur moi que mon téléphone portable. J’ai lancé un appel sur Twitter pour qu’on m’indique un dentiste qui accepte de le soigner gratuitement », se souvient-il.

C’est ainsi qu’est née l’idée de créer Entourage, une application qui vise à recapitaliser le réseau social des sans-abri et à leur apporter l’aide dont ils ont besoin. « Ce projet est aconfessionnel mais je l’ai porté dans la prière. Et ce verset d’Isaïe (58,7) m’est apparu : “Partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile”. » L’application répertorie les bonnes volontés d’un même quartier, associations et particuliers. Elle permet une action conjointe et encourage ainsi les plus timides à faire le premier pas vers les nécessiteux.

La preuve qu’on peut soulever des montagnes rien qu’en bougeant le petit doigt.

3 questions à François Pinsac : à l’assaut du numérique

François Pinsac, fondateur de l’agence digitale Angeltech, est à l’initiative de la soirée sur le thème « Église et innovation numérique » à Saint-Honoré-d’Eylau (Paris 16e).

En quoi consiste cette soirée du 28 janvier ?

Nous avons invité les fondateurs de quatre applications mobiles afin qu’ils présentent leur projet innovant au grand public : Geoconfess (le Uber de la confession), Entourage (qui vient en aide aux personnes démunies), La Quête (pour donner de l’argent sans pièces de monnaie), et le réseau social de prière Hozana. Tous ont en commun une dimension chrétienne.

Dans quel but l’avez-vous organisée ?

Il s’agit à la fois de soutenir ces projets magnifiques, de réunir les acteurs de l’innovation numérique chrétienne, et d’inspirer la création d’innovations. Nous comptons sur la présence d’investisseurs, de personnes compétentes dans ces domaines et qui souhaiteraient elles aussi se lancer dans l’aventure du numérique chrétien, et aussi de futurs utilisateurs de ces applications. Cette soirée est tout sauf un événement mondain. Je prie pour qu’elle soit l’occasion de rencontres décisives.

Les innovations numériques ont-elles quelque chose à apporter à l’Église ?

L’idée est de prendre notre époque comme elle est et d’utiliser les moyens qui sont à notre portée, de mettre cette « virtualisation » au service du réel et du spirituel. Je pense que ces innovations, notamment celles qui sont présentées le 28 janvier et dont les thèmes sont la confession, le don, la prière et la charité, peuvent contribuer à faire grandir la foi.

 

 

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