Interview : Le président de l’Église Protestante d’Algérie s’exprime sur les récentes fermetures d’églises en Algérie

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« Je suis très inquiet. Si ça continue comme ça, je me demande quel sera l’avenir des chrétiens ici. Ça sera des temps difficiles. On sera à la tête de la liste des pays persécuteurs d’églises. »

Salaheddine Chalah est le président de l’Église Protestante d’Algérie. Il est également le pasteur de l’Église du Plein Évangile de Tizi-Ouzou, qui vient d’être fermée par les autorités. Alors que les fermetures d’églises se multiplient, notamment en Kabylie, il répond aux questions d’Info Chrétienne sur la situation des chrétiens en Algérie.

L’association Église Protestante d’Algérie a été créée en novembre 1974. Pouvez-vous nous parler de cette organisation et de la place qu’elle a aujourd’hui en Algérie ?

Aujourd’hui l’Église Protestante d’Algérie regroupe 46 communautés réparties sur le territoire national. La majorité des églises sont dans la région de Kabylie.

Trois nouvelles églises protestantes ont été fermées les 15 et 16 octobre. Elles sont malheureusement les dernières ajoutées à une longue liste. Pouvez-vous nous parler de ces nombreuses fermetures d’églises ?

Ça a été pour nous une surprise. On a été étonné de la rapidité d’exécution des ordres de fermeture. Surtout avec l’intervention musclée des services de sécurité dans les lieux de culte, particulièrement à Tizi-Ouzou. Il y a eu des blessés. On ne s’y attendait même pas.

Le motif officiel de ces fermetures est “l’exercice du culte sans autorisation”. Pourtant, la liberté de culte est garantie par l’article 42 de la Constitution algérienne. Depuis l’ordonnance du 28 février 2006, l’exercice du culte est soumis à un processus administratif lourd. Pouvez-vous nous l’expliquer ?

L’ordonnance de 2006 est beaucoup plus répressive, liberticide même. J’estime qu’elle est en contradiction avec l’article 42 de la Constitution algérienne. Cette loi a été promulguée pour essayer de limiter la croissance de l’église en Algérie. Si on jette un coup d’oeil sur l’ordonnance, il y a beaucoup plus d’articles sur les pénalités à subir que sur l’exercice du culte en soi, sur l’organisation du culte en soi. On ne nous dit pas dans cette ordonnance comment nous pouvons constituer une association, quels documents nous devons fournir, et à qui nous devons nous adresser.

Chaque wali, c’est-à-dire chaque gouverneur de la région, décide à sa manière, selon son appréciation du dossier. Et c’est ça le problème. On voit aujourd’hui les décisions des trois walis, le wali de Bejaia, le wali d’Oran, le wali de Tizi-Ouzou. Ils ont pris des décisions radicales pour gérer ce dossier des églises.

Qu’en est-il de la vie quotidienne pour les chrétiens en Algérie ? Subissez-vous des discriminations ? des pressions ?

Non, par rapport à la société on a toujours vécu dans un esprit de tolérance. On est accepté. Jusqu’à la promulgation de l’ordonnance de 2006, on a mené une vie en toute sérénité. On exerçait notre culte. On cohabitait. On vivait avec les nôtres, quelles que soient leurs convictions.

Et maintenant, comment envisagez-vous l’avenir des chrétiens en Algérie ? Êtes-vous inquiet sur leur devenir ?

Je suis très inquiet. Si ça continue comme ça, je me demande quel sera l’avenir des chrétiens ici. Ça sera des temps difficiles. On sera à la tête de la liste des pays persécuteurs d’églises.

Y a-t-il quelque chose que les chrétiens de la francophonie puissent faire pour vous ? Comment pouvons-nous aider nos frères et soeurs algériens ?

Bien sûr la prière, mais aussi la mobilisation. Écrire aux autorités françaises pour qu’elles puissent intervenir. Faire des pétitions. Faire un sit-in au niveau de l’ambassade d’Algérie en France. Des actions pour sensibiliser, mettre une pression sur les autorités algériennes.

Un sit-in est prévu devant l’ambassade d’Algérie à Paris le 24 octobre à partir de 17h. Une pétition est en ligne sur change.org pour dire non à la fermeture des églises en Algérie.

Nous remercions Salaheddine Chalah d’avoir répondu à nos questions.

M.C.

Crédit Image : Kouci / Shutterstock.com

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